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Drame dans l’ascenseur

(Extrait de la nouvelle)

Une jeune femme sort en trombe de son bureau et se précipite vers l’ascenseur. Très en retard pour faire l’inauguration d’un night-club pour célibataires snob, elle appuie plusieurs fois sur le bouton d’appel, pour accélérer l’arrivée de la cabine. Nerveuse, elle consulte sa montre, dont elle réajuste le bracelet en or, à son poignet. Un collègue de bureau voisin du sien, quinquagénaire en paraissant dix de plus, arrive en même temps que l’ascenseur et la salue.

— Bonsoir.

Elle lui répond d’un sourire à demi crispé, puis, entre dans la cabine sans se préoccuper de lui. Elle vérifie sur la glace de la paroi, que ses cheveux blonds cendrés frisés ne soient pas désordonnés et tire sèchement sur la veste et la jupe de son tailleur de marque. Trouvant son sourire un peu fade, elle plonge sa main blanche et délicate aux ongles vernis d’un rouge flamboyant, dans son sac à mains et en sort un bâton de rouge à lèvres. Elle s’en remet une couche sur ses lèvres fines. Elle poursuit son inspection en ôtant ses lunettes rectangulaires pour voir si le mascara qu’elle a mis sur ses cils protégeant ses yeux émeraude, n’a pas coulé et regarde si son chemisier gris assorti à son tailleur, est suffisamment, mais raisonnablement, ouvert sur sa généreuse poitrine.

Trop occupée à observer sa personne sous toutes les coutures, la jeune femme ne s’aperçoit pas que l’homme qui est debout à ses côtés, porte soudainement sa main à sa poitrine et commence à vaciller en émettant un râle…

Funérailles en Si bémol

(Extrait de la nouvelle)

J’avais ramé pendant des années pour arriver au niveau de Carl D. Il était pour moi le plus grand saxophoniste de son temps. A cinquante-cinq ans, il décida de quitter cette grande famille qu’est le show-business, pour créer enfin sa propre école de musique. Une idée de génie.

Lorsque j’avais dix ans et toujours mon baladeur sur les oreilles, je me passais en boucle tous ses morceaux, quand je partais à l’école et quand j’en revenais. Je me hâtais de faire mes devoirs et j’allumais ma chaîne hi-fi, pour écouter les meilleures compositions de mon idole. Je me prenais à rêver que moi aussi, peut-être, plus tard, je serai adulée dans le monde entier, pour ma musique. Mais attention ! Il n’était pas question pour moi, de copier Carl, simplement parce qu’il était unique.

L’année suivante, je me suis décidée à demander à mes parents de m’inscrire à l’école de musique D. Cela leur coûterait assez cher, mais étant donné que mes notes scolaires restaient dans la limite que peuvent accepter des parents, ils étaient prêts à faire quelques sacrifices.

Cinq ans plus tard, j’en suis sortie « gavée » de clés de Sol, de gammes chromatiques, de gammes majeures, mineures, de gammes par tons… Mais aussi avec la meilleure place qui puisse être : première ! Mes parents pleuraient à la remise des diplômes – autant que moi d’ailleurs – Ensuite, je me suis vite hissée au rang des as de la profession. Je décrochais contrat sur contrat avec les meilleures maisons de disque. Tantôt, c’était pour jouer avec les plus grandes vedettes du milieu, tantôt, pour des séances d’enregistrement en studio, ou faire des concerts.

Je travaillais aussi avec Carl. J’avais cet honneur, ce privilège. Il aimait bien m’avoir près de lui. Il n’avait plus de famille depuis longtemps et n’ayant jamais eu d’enfant, il me considérait comme sa propre fille.

Un soir, on m’a téléphoné chez moi, vers vingt-trois heures, pour me prévenir que Carl venait d’être renversé par une voiture, alors qu’il se rendait à son studio, une heure plus tôt. C’était très grave…